Le graffiti arabe en toutes lettres

Bled Art, une œuvre réalisée par le Tunisien eL Seed, à Montréal en 2008.  —-PASCAL ZOGHBI/DON KARL—

street art De jeunes graffeurs se sont emparés de l’art traditionnel de la calligraphie

Nour Hatem Zahra est mort en avril, à 23 ans. Tué par balle par les forces de sécurité syriennes. Il appartenait au « Spray Men », mouvement anti-Bachar-al-Assad, qui lutte avec des mots en peignant sur les murs de Damas des graffitis pour la liberté. « Durant le printemps arabe, on a assisté à une explosion de graffitis dans tous les pays où grondait la révolution », remarque Don Karl, qui avait commencé à recenser, il y a quatre ans, cette forme d’expression artistique. Avec le typographe libanais Pascal Zoghbi, il avait organisé des ateliers pour mettre en relation ces artistes issus de pays du Moyen et du Proche-Orient. De ces rencontres est né un livre Le Graffiti arabe (Eyrolles, 32 €), dont l’édition française contient des chapitres consacrés aux révolutions arabes et au soulèvement à Bahreïn.

Le « calligraffiti » d’eL Seed
« Jusque récemment, la calligraphie arabe était considérée comme un art mort », note Don Karl. Mais de plus en plus de jeunes se sont emparés de cet art né au VIIe siècle, d’abord réservé aux écritures sacrées du Coran, où l’écriture est source de beauté, où l’on apprécie les lettres sans avoir besoin de comprendre le sens des mots. L’artiste eL Seed, 31 ans, refuse d’ailleurs de traduire ses œuvres. Né en France de parents tunisiens, il vit désormais à Montréal. Parcourant le monde pour exercer son art qu’il nomme « calligraffiti », il était ainsi ce mois-ci invité par la mairie de Melbourne. Lui explique vouloir « ouvrir le dialogue entre deux mondes par la rencontre entre la calligraphie, art arabe traditionnel et le graff, plus moderne et occidental » et popularisé par la culture hip-hop à la fin des années 1970. Le rapprochement, il l’a même pratiqué dans sa ville d’origine de Gabès, en septembre, en utilisant ses bombes de peinture sur le plus haut minaret de Tunisie, 47 m de haut. « On était dans un contexte particulier, un clash entre extrémistes laiques et religieux, raconte-t-il. J’ai peint un verset du Coran, qui est une invitation à la tolérance et à l’échange. »

 Joël Métreau

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